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Thierry Lespiaucq, Président Directeur Général Volkswagen Group France

vendredi 23 juillet 2021, par Axel EKMAN, Louis DAUBIN

Thierry Lespiaucq : “Nous entamons une nouvelle révolution”

Décarbonation, ruptures technologiques, crise du Covid : les planètes sont alignées et obligent les grands acteurs de l’industrie automobile à se réinventer un avenir. Thierry Lespiaucq, CEO de Volkswagen Group France, nous livre sa vision.


Bien sûr, les marques du Groupe Volkswagen n’ont pas échappé à la tempête covidienne, même si toutes ont accru leur part de marché. En tout état de cause, le Groupe suit sa feuille de route en développant de nouvelles technologies (batteries solides, carburants de synthèse…), en améliorant ses relations client (interface digitale, réseau…) et en modifiant durablement son offre produit (gamme de véhicules électriques, hybridation…). Les principales marques (Volkswagen, Audi, Skoda, Seat, Porsche…) sont mobilisées pour réussir une révolution soutenue par un investissement industriel massif dans le secteur des nouvelles technologies.

Kilomètres Entreprise : La crise du Covid affecte-t-elle encore le rythme des renouvellements dans les parcs d’entreprise ?
Thierry Lespiaucq : C’est entrain de changer dans le bon sens, et je ne peux qu’encourager les chefs d’entreprise et responsables de parc à quitter une posture trop attentiste. Nos gammes se renouvellent rapidement et nos nouvelles propositions technologiques répondent aux contraintes fiscales et économiques. La stratégie du groupe est claire : développer l’électrification tous azimuts avec d’importants investissements tant sur les produits que sur les ressources, tout en continuant de répondre à toutes les demandes, y compris sur le thermique. Notre catalogue n’a sans doute jamais été aussi loin dans les réponses technologiques aux défis de l’énergie et de la fiscalité. Il n’y a pas à hésiter : c’est maintenant que ça se passe !

KMS : Vous passez massivement à l’électrique, sur tous les modes ou presque. Est-ce un virage définitif ?
T.L. : Oui, sans doute... mais nous réalisons ce changement en douceur, en évitant d’opérer des arbitrages radicaux ou trop rapides. Pour notre offre thermique, nous étendons l’hybridation légère 48 Volts et, bien entendu, les modèles hybrides rechargeables. Nous pensons que c’est une solution pérenne pour beaucoup d’utilisateurs en entreprise, particulièrement ceux qui utilisent leur véhicule pour les trajets domicile/bureau/aéroports et quelques week-ends en famille. Techniquement, même si une batterie semble “à plat”, on dispose toujours d’une réserve de courant grâce à la recharge cinétique. Au final, vous consommerez toujours moins qu’avec une solution thermique comparable, même si l’efficience commande de charger ses batteries le moment venu chez soi, au bureau ou en ville.

KMS : Le recul programmé de la motorisation diesel dans votre offre ne risque-t-il pas de poser un problème pour la clientèle professionnelle ?
T.L.  : La règle qui vaut pour le particulier vaut aussi – plus encore même – pour le professionnel : à chaque profil d’usage sa solution énergétique. Remplacer le diesel d’un gros rouleur par une hybride rechargeable est, aujourd’hui, une pure hérésie. Quand vous abattez entre 50 et 100 000 km par an, la solution la plus viable et la plus économique reste le diesel. Il va falloir patienter encore un peu, le temps d’un à deux cycles d’utilisation d’un véhicule diesélisé, pour trouver chez nous une offre électrique qui puisse rendre à peu près les mêmes services. La sagesse commande de modifier la nature d’un parc en douceur, d’opérer un panachage, de tester des solutions à l’échelle 1, puis de faire ses comptes. J’ajoute que ceux qui pensent qu’ils auront du mal à bien revendre demain les diesel achetés aujourd’hui se trompent : il existe des marchés qui, au-delà de l’Europe, sont et resteront très demandeurs.

KMS : Avec la gamme ID, vous développez une proposition électrique native qui concrétise l’évolution stratégique du Groupe. L’entreprise est-elle une cible directe ?
T. L. : L’entreprise doit préserver la flexibilité des ressources en termes de mobilité. L’arrivée de véhicules électriques et électrifiés doit se doubler d’un accompagnement au plan pratique, avec l’installation de points de recharge dans l’entreprise. C’est déterminant pour l’efficience. La formation des conducteurs est également très importante, autant que la préservation de la flexibilité : un collaborateur doit pouvoir bénéficier d’une solution de mobilité adaptée à un besoin particulier momentané. Avec une majorité de collaborateurs qui réalise des déplacements quotidiens qui excèdent rarement 30 km, le véhicule électrique peut, dès maintenant, utilement remplacer le thermique.

KMS : Côté utilitaires, l’électrification progresse aussi ?

T. L. : Bien entendu. Sur ce marché, la question de l’autonomie est encore plus sensible que sur le véhicule particulier. Nous allons d’ailleurs sortir en 2022 un “Combi” qui pourra réaliser entre 400 et 500 km. Pour les professionnels qui maîtrisent leur kilométrage quotidien, un VU électrique qui réconcilie volume/charge utiles et autonomie est une solution qui sera bientôt indispensable. L’implantation des ZFE [Zone à Faible Émission, NDLR] va s’étendre assez rapidement : en France, dès 2025, toutes les villes de plus de 150 000 habitants seront concernées. Les transporteurs qui font de la livraison de type ”dernier kilomètre”, les artisans qui opèrent en centre ville, tous vont devoir s’adapter. Parallèlement, si l’on veut rester efficace, il va falloir modifier les habitudes de conduite et repenser le cadencement...

KMS : Compte tenu du tarif des véhicules électriques, le TCO ne freine-t-il pas le marché ?
T.L. : Les tarifs des électriques est encore élevé et les aides des pouvoirs publics n’encouragent pas directement la baisse. Pour autant, les coûts d’usage et d’entretien sont nettement plus compétitifs qu’avec une solution thermique. Le fait que l’ensemble moteur/transmission soit remplacé par un convertisseur de couple allège naturellement le budget d’entretien. Avec un VE, on sollicite un peu plus les pneumatiques et les amortisseurs pour des raisons de poids, ainsi que les freins pour des questions de régénération, mais en pied de facture, l’électrique est nettement gagnant... tant que l’État ne transfère pas ses taxes sur les watts automobiles !

KMS : Comment les réseaux de distribution du Groupe ont vécu les confinements et leurs conséquences en matière d’habitude d’achat ?
T.L. : Le poids du digital dans le parcours client a sensiblement augmenté, et c’est normal. Nous nous sommes rendus compte que nos visiteurs passent plus de temps sur internet, qu’ils testent différentes configurations, options comprises. Au final, il y a peu de décrochage en phase de consultation. Cependant, nous avons aussi compris que rien ne remplace le contact avec un vendeur, le parcours en concession, la curiosité d’un prospect pour l’atmosphère qui coiffe une marque. Et puis, il reste les passages à l’atelier et le moment de la restitution en cas de LLD ou de LOA. La relation humaine demeure très importante, les questions que l’on pose, les conseils, les critiques aussi.

KMS : Avez-vous un conseil particulier à donner à nos lecteurs ?
L.P. : La plus grande force des marques du Groupe, c’est de pouvoir compter sur une exceptionnelle capacité d’investissement en matière de nouvelles solutions, et pas seulement pour rouler en électrique. Nous savons également produire des batteries, les recycler et développer des technologies complémentaires, comme l’hydrogène et les carburants de synthèse. Tout cela confère à chacune de nos marques une plus-value concrète et déjà opérationnelle. Leur réputation est aussi construite sur leur haut niveau qualitatif – synonyme de tranquillité et de fiabilité – ainsi que sur leur valeur résiduelle élevée et stable. Ceux qui cherchent à diminuer le coût de la mobilité dans leur entreprise doivent prendre en compte les nouvelles technologies que nous développons. Certaines sont disponibles dès à présent... et font baisser les factures. Mon meilleur conseil ? Passez nous voir !

Propos recueillis par Axel Ekman et Louis Daubin

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